Le Thym

thym
Thym vulgaire (Thymus vulgaris)

 

Un des quatre « Bienfaits de l’humanité », avec le Citron, l’Argile, et le Chou, le Thym vulgaire (Thymus vulgaris) fait partie de ces plantes aux bienfaits multiples, connues de tous. Célèbre pour ses propriétés médicinales et pour ses usages culinaires, il est entré dans quasiment tous les foyers.

UN PEU D’HISTOIRE

Le terme « thym » est apparu dans la langue française au XIIIe siècle, d’abord sous la forme de « tym ». Selon certaines sources, il est dérivé du latin thymus, qui l’a emprunté au grec thumos, signifiant, de façon quelque peu obscure, « grosseur ou loupe » (par référence à la glande, le thymus). D’autres pensent plutôt que le mot vient du grec thymos ou thyein, qui signifie « fumée », par allusion au fait qu’il était jadis brûlé comme encens et qu’on lui attribuait alors le pouvoir d’éloigner les créatures venimeuses ; ou encore de thio qui signifie « je parfume ». D’autres encore, enfin, font dériver le mot du grec thumus, qui signifie « courage », la plante étant jadis considérée comme revigorante. On prétend aussi que ses origines viendraient tout d’abord de l’Égypte ancienne.

Les Egyptiens et les Etrusques l’utilisaient mélangé aux onguents pour embaumer leurs morts. Les Grecs en brûlaient devant l’autel de leurs dieux, les places publiques et les riches demeures, pensant que cette plante était source de courage ; ils en mettaient aussi dans leurs plats ; le thym était aussi utilisé à profusion comme parfum stimulant qu’ils versaient dans leur bain ou dont ils s’oignaient le corps.

Les Romains en faisaient de nombreuses sortes de cosmétiques (eau de toilette parfumant même leurs couches, baume censé retarder le vieillissement) et s’en servaient pour purifier leurs pièces d’habitation et pour « donner du parfum aux fromages et liqueurs. »

Ce symbole de courage se perpétue au Moyen Age, notamment lors des Croisades. Les damoiselles brodaient des abeilles voletant près d’une branche de thym sur les écharpes qu’elles offraient à leur chevalier qui partait trop loin de leur cœur. Les sorcières fabriquaient des philtres d’amour à base de marjolaine, de thym, de verveine et de fleurs de myrte. Il était aussi placé sous les oreillers (car il favoriserait le sommeil en chassant les cauchemars et la mélancolie) et sur les cercueils lors des funérailles car on pensait qu’il facilitait le passage dans l’autre vie.

Le thym est la plante correspondant au 28 Prairial du calendrier républicain.

BOTANIQUE

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Thymus vulgaris est un petit sous-arbrisseau vivace de la famille des lamiacées (anciennement labiées), il est touffu et très aromatique de 7 à 30 cm de hauteur, d’un aspect grisâtre ou vert-grisâtre.

Ses tiges, ligneuses à la base, herbacées supérieurement, sont presque cylindriques. Ces tiges ligneuses et très rameuses sont regroupées en touffe ou en buisson très dense. Elles peuvent acquérir, vers leur base, une assez grande épaisseur. Les tiges florifères ne produisent jamais de racines adventives, et sont rampantes, dressées ou redressées, tortueuses dans leur partie inférieure, velues et blanches tout autour chez les jeunes rameaux.

Ses feuilles sont très petites, ovales, lancéolées, à bord roulés en dessous à nervures latérales distinctes, obtuses au sommet, ponctuées supérieurement, au pétiole extrêmement court, et blanchâtres à leur face inférieure.

Les fleurs, quant à elles, sont presque roses ou presque blanches, font de 4 à 6 mm de longueur, sont pédicellées et réunies ordinairement au nombre de trois à l’aisselle des feuilles supérieures. Elles forment ainsi une sorte d’épi foliacé au sommet des ramifications de la tige. Le limbe du calice est bilabié, un peu bossu.

Noms vulgaires

 Thymus vulgaris a été ainsi nommé par Carl von Linné en 1753 et reste le nom utilisé par toutes les nomenclatures scientifiques.

Plusieurs noms vernaculaires désignent le thym commun : thym des jardins, pote, farigoule, mignotise des Genevois, herbe de thym, thym vulgaire, thym vrai. En Provence et Languedoc, on appelle le thym commun « farigoule » ou « frigoule », et le thym sauvage « farigoulette ». Ces mots sont empruntés au latin populaire fericula, qui désignait autrefois cette plante. « Farigoulette » désigne également en France une liqueur de thym.

Répartition géographique

Le thym est originaire des pays du bassin méditerranéen et des territoires limitrophes sous influence climatique méditerranéenne. Assez nomade, il est subspontané dans des régions subtropicales, chaudes ou tempérées, et plus spécialement en Europe et en Amérique du Nord.   En France, il est maintenant commun ou assez commun dans la partie méridionale de la Drôme et de l’Ardèche, dans les Corbières, les Pyrénées orientales. On le retrouve en montagne dans les vallées et hauts plateaux calcaires du Massif central méridional ainsi que quelques espèces dans les Alpes et les Pyrénées. Plus précisément, le thym commun préfère un sol légèrement acide, bien drainé et rocailleux (calcaire), en plein soleil et au sec.  Sa résistance au gel est assez limitée, jusqu’à – 15 °. Sa capacité à résister à de très fortes chaleurs provient aussi de son huile essentielle qui, produite la nuit, s’évapore le jour : c’est par cette action que la chaleur sera consommée. Le thym craint légèrement les acariens et les maladies qui amèneraient ses racines à se dégrader. Par contre son huile essentielle aux vertus désinfectantes protège ses parties aériennes.

Espèces voisines

Serpolet
Serpolet (Thymus serpyllum)

Le Thym est riche de nombreuses variétés; je citerai les plus connues.

  • Thym sauvage ou Serpolet (Thymus serpyllum) Il est très fréquent dans les prairies de moyenne montagne où il forme durant l’été de jolies nappes  de couleur rose-violet.
  • Thym citronné ou thym à géraniol (Thymus citriodora) Assez fréquent, on le trouve dans des biotopes identiques. Il est reconnaissable à sa forte odeur citronnée lorsque l’on froisse les feuilles.
  • Thym compact (Thymus compactum)
  • Thym à grosse tête ou Origan d’Espagne (Corydothymus capitatus)

 

PARTIES UTILISEES

On utilise la plante entière, fleurie de préférence, ainsi que l’huile essentielle obtenue après extraction. C’est cette huile essentielle qui confère à la plante son odeur forte lorsqu’on la froisse, ainsi que ses propriétés médicinales.5866672-Rosemary-et-au-thym-herbes-en-fleur-dans-un-mortier-de-bois-olive-avec-un-pilon-avec-une-bouteille-d-Banque-d'images

COMPOSITION CHIMIQUE

Le thym commun est une espèce dont les composantes chimiques  varient selon le climat et l’environnement. Cette variabilité a donc conduit à donner un nom scientifique à chaque chémotype (type chimique), annoté de façon à connaître les principaux constituants, qui eux auront des propriétés définies :

Les différents chémotypes de Thymus vulgaris[2]
Nom scientifique Nom courant
Thymus vulgaris L. thymoliferum thym à thymol
Thymus vulgaris L carvacroliferum thym à carvacrol
Thymus vulgaris L. geranioliferum thym à géraniol
Thymus vulgaris L. linaloliferum thym à linalol
Thymus vulgaris L. paracymeniferum thym à paracymène
Thymus vulgaris L. thajanoliferum thym à thujanol
Thymus vulgaris L. terpineoliferum thym à alpha terpinéol

 

Dans les herboristeries, d’autres espèces du genre Thymus se retrouvent à proximité de Thymus vulgaris.

Les chémotypes des huiles essentielles et leurs biotopes

* le type thymol
Répandu dans toute l’aire du thym. C’est le thym qui bénéficie d’une plus large diffusion géographique mais ne constitue qu’exceptionnellement des populations homogènes . Il représente le thym classique des basses garrigues sèches et ensoleillées.
On le retrouve donc dans tous les types de sols où le thym peut évoluer, des sols extrêmement chauds et secs aux sols plus humides. Si cette spécificité thymol est plus répandue, elle est souvent associée à d’autres thyms, le type thuyanol-4 – terpinéol-4, mais également le type linalol.
* le type carvacrol
Répandu dans toute l’aire du thym. C’est avec ce type de thym que l’on peut affirmer que c’est le facteur lumière et chaleur qui influencent le chémotype. En effet il semble absent des zones les plus fraîches de la méditerranée. Pourtant, des populations de type carvacrol prospèrent jusqu’à 1 400 mètres d’altitude, mais ces stations sont abrités du mistral et soumis à une insolation particulièrement forte. Il apparait que c’est ce chémotype qui s’adapte le plus facilement dans des conditions d’extrême sécheresse, sur des grandes étendues des populations très denses et exclusives des autres types.
* le type linalol
Répandu dans toute l’aire du thym. Ce type peut constituer des populations homogènes dans des stations d’étendue restreinte. Dans tous ces cas, l’habitat est situé en moyenne altitude, entre 500 et 1 000 mètres et caractérisé par un ensoleillement moins intense et une température plus faible, et un degré hygrométrique (humidité de l’air) plus élevé que dans la plaine.
* le type thuyanol
Moins abondant et plus localisé, il est de ce fait associé à tous les types de thyms soit en basses ou hautes altitudes.
* le type alpha-terpinéol
 Il semblerait qu’il soit lié aux mêmes facteurs climatiques que ceux qui favorisent la diffusion du type linalol.
* le type géraniol
Répandu en France dans une seule station située à près de 1 000 mètres d’altitude et soumise à un climat rude.
* le type cinéol 
Inconnu en France, il est présent en Espagne.
* les types y-terpinène et p-cymène 
sont deux précurseurs de la biosynthèse végétale du carvacrol et du thymol.

Composition chimique

* Huiles essentielles (1,0-2,5 %)

  • Phénols (30 à 50 %) : thymol, carvacrol, thuyanol, linalol, … (taux variables en fonction des chémotypes)
  • Une faible partie des phénols est également présente sous forme d’ Hétérosides.
  • Hydrocarbures sesquiterpéniques : 1 à 3 %

* Autres constituants

  • Acide rosmarinique et caféique
  • Tanins
  • Flavonoïdes
  • Triterpènes

PROPRIETES

Le Thym est une des plantes aromatiques les plus riches en propriétés médicinales.

1) Activité hormonale et neuro-végétative

Il fait partie, avec d’autres plantes, comme l’Hysope et l’Estragon, des végétaux à forte activité vagolytique; c’est-à-dire qu’il freine fortement le système nerveux parasympathique, partie du système nerveux neuro-végétatif qui ralentit les fonctions et augmente les sécrétions.

2) Activité antiinfectieuse

Le thym est réputé par ses propriétés antiinfectieuses, liées notamment à la présence de son huile essentielle, fortement viricide, bactéricide, et antifongique.

3) Activité générale

Il est également :

  • Immunostimulant – Stimulant cortico-surrénalien
  • Antiparasitaire
  • Anti spasmodique digestif – Eupeptique – Antigastritique – Carminatif – Cholérétique
  • Diurétique volumétrique
  • Fébrifuge

USAGES

          1) Modes d’utilisation

  • Extrait aqueuxmug à tisane

Il s’agit, bien sûr de la fameuse « tisane de Thym », quasiment connue de tous. Elle se prépare en plaçant la valeur d’une cuiller à café de plante sèche coupée finement dans une petite théière; on y ajoute la valeur d’une tasse à tisane d’eau bouillante, on couvre, on laisse infuser dix minutes, et on filtre. On peut en prendre jusqu’à trois tasses à tisane par jour. L’ajout de miel permet de la rendre nettement plus agréable à consommer. Mon expérience m’a montré que beaucoup de chiens ne rechignaient pas devant la prises de tisanes, surtout si elles sont sucrées.

  • Extraits alcooliques

L’extraction par l’alcool permet d’obtenir la teinture-mère ou l’extrait fluide, ce dernier étant nettement plus concentré. On en donne classiquement une goutte par kilo de poids, diluées dans de l’eau, trois fois par jour, ces doses pouvant être augmentées si nécessaire.

  • Huile essentielle

Très caustique de par sa richesse en phénols, elle est difficile à prendre seule. Il faut de toutes façons la diluer dans un huile de table, dans du miel, ou dans un excipient hydro-dispersible. On peut en donner la valeur d’une goutte pour vingt kilos de poids deux à trois fois par jour

2) Usages traditionnels

Le Thym est connu depuis la plus lointaine Antiquité : les Egyptiens et les Etrusques le faisaient entrer dans les préparations servant à l’embaumement de leurs morts; les Grecs en brûlaient devant l’autel de leurs Dieux et en mettaient aussi dans leurs plats; les Romains faisaient de même; quant aux femmes, elles l’employaient en eau de toilette et onguent pour entretenir leur beauté.

Son usage culinaire est extrêmement répandu, que ce soit dans les potages, les plats en sauce ou les grillades.

Au vu de ses nombreuses propriétés, il est utilisé traditionnellement en infusion dans une série impressionnante d’indications : digestion pénible, fermentations intestinales, manque d’appétit, anémie, fatigue, affections des bronches, grippe, insomnie, troubles hépatiques et menstruels, infections urinaires. On l’utilise contre la Coqueluche, et comme antiparasitaire contre ascaris et oxyures.

A l’extérieur, en décoction, on l’utilise en gargarismes contre les maux de gorge et angines, en lotions et compresses pour nettoyer plaies et ulcères. Prisé comme le tabac, il dégage les voies respiratoires et arrête les hémorragies nasales.

3) Usage vétérinaire

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La médecine vétérinaire va pouvoir exploiter les multiples propriétés  de cette plante médicinale incontournable, que ce soit en usage interne ou externe.

* Usage interne

Les différentes formes d’extraction de la plante peuvent être utilisées. Il suffira de les adapter à la pathologie rencontrée :

  • l’huile essentielle dans les pathologies infectieuses lourdes, qu’elles soient respiratoires, digestives, ou cutanées.
  • l’extrait fluide lorsqu’ un apport important de principes actifs sera nécessaire.
  • la teinture-mère, en traitrement d »entretien, et chez le chat qui ne raffole pas particulièrement des extraits fluides
  • enfin, l’infusion, chez les chiens qui l’acceptent
  • les autres présentations (extraits secs, SIPF), trop coûteuses ne sont quasiment pas utilisées.

Personnellement, j’utilise essentiellement l’extrait fluide.

Dans ma pratique, deux appareils, l’appareil digestif et l’appareil respiratoire profitent de la prescription de cette plante.

Toutes les pathologies infectieuses respiratoires sont concernées, qu’elles soient d’origine virale ou bactérienne : sinusites, trachéites, bronchites, … Le thym sera alors associé à une ou deux plantes présentant le même tropisme, par exemple Eucalyptus, Grindelia, Pin, Cyprès, etc…

Quant à l’appareil digestif, les diarrhées représentent l’indication majeure. La prolifération microbienne intestinale sera freinée grace aux propriétés antiinfectieuses de la plante; d’autre part elles sont souvent accompagnées d’un état vagotonique, qui sera rééquilibré grâce à ses propriétés vagolytiques.

D’autres appareils peuvent également profiter de ses propriétés, comme l’appareil urinaire  et l’appareil cutané :

Le thym est intéressant dans les infections urinaires comme les cystites, associé à d’autres plantes à tropisme urinaire.

Enfin, les infections de la peau, comme les pyodermites, peuvent être soignées par l’huile essentielle de thym, par voie buccale, de préférence après avoir effectué un aromatogramme et avoir adapté la prescription au terrain neuro-végétatif de l’animal. Cette huile essentielle sera bien entendu diluée pour l’administration buccale.

* Usage externe

A cause de sa causticité, en dehors de l’infusion, il est préférable de ne pas utiliser le thym par voie externe.

BIBLIOGRAPHIE

  • Traité de Phytothérapie Clinique – Drs. Ch. Duraffourd et J.C. Lapraz – Masson
  • Aromathérapie – Dr. J. Valnet – Maloine
  •  » Nos grand-mères savaient «  – J. Palaiseul – Livre de poche
  • Wikipédia – L’Encyclopédie du Net